Coproduction cinéma et TV avec la Russie : est-ce si difficile ?

Olga Lyubimova, la directrice du département cinéma du Ministère russe de la culture a déclaré cette semaine qu’un nouveau concours sera mis en place pour l’octroi de subventions aux projets de coproductions internationales avec une participation minoritaire de la Russie.

« Il y a des projets spécifiques où les partenaires européens ou d’autres demandent à la Russie d’entrer dans une coproduction sur une base minoritaire, c’est-à-dire lorsque nous sommes minoritaires dans le financement du projet. De tels cas sont assez nombreux et la nécessité de ce soutien s’est bien fait sentir », − explique la directrice du département.

L’organisme Neva Film avait présenté en septembre 2016 une étude commandée par Eurimages qui démontrait que si le nombre de films produits en Russie avait augmenté de 50 % les cinq années précédentes, le nombre de coproductions avec la Russie avait fortement chuté en 2015 : autrefois compris entre 24 et 32 films par an, il n’était plus que de 13. La situation ne s’est pas améliorée depuis et le pays a toujours du mal à attirer les investissements étrangers pour former des coproductions cinématographiques.
Le problème ne vient pas des cadres juridiques puisqu’ils existent bien avec les accords internationaux signés notamment avec la France et l’Union européenne :
– L’accord de coproduction cinématographique du CNC signé le 8 juillet 1967 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de l’Union des Républiques socialistes soviétiques, texte toujours valable avec la Russie.
La Convention européenne sur la coproduction cinématographique du 2 octobre 1992, signée par plus de quarante pays, y compris la Fédération de Russie.

Le problème vient évidemment des difficultés du pays : crise économique, situation géopolitique tendue et mauvaise image du pays à l’international. Par ailleurs, le « Fondkino », équivalent russe du CNC, n’a plus de bureau des relations internationales depuis 2013.

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Scène du film « Vij » (en russe Вий) d’Oleg Stepchenko (2014)

Pourtant, les bonnes expériences récentes de coproductions avec la Russie ne manquent pas. Parmi les plus importants, l’adaptation très libre du conte de Nicolas Gogol, Vij (ou Vii, Viï, Viy, Vyi selon les traductions ; en russe Вий) réalisée par Oleg Stepchenko sorti en 2014. Сe long métrage rassemblait cinq pays : Russie, Allemagne, Angleterre, République Tchèque et Ukraine. Son exploitation dans les salles russes avait été convaincante : environ 15 millions de recettes pour près de 4,5 millions d’entrée (un million de plus que Lucie de Luc Besson la même année). Grâce à cela, une suite « Vij 2 » était prévue dans le cadre d’une coproduction cette fois avec la Chine. Le projet s’est d’abord appelé « Mystère du masque de Fer : voyage en Chine » (Тайна Железной маски: путешествие в Китай) avec une sortie prévue en 2016 puis annulée. Le film sortira finalement en septembre prochain sous le titre « Le Mystère du sceau du dragon » (Тайна печати дракона). Au cœur de l’intrigue se trouvent trois légendes : le mystère français de l’homme au masque de Fer, l’émergence chinoise de la Route du Thé, et la légende russe du cosaque mort. De véritables événements historiques y sont aussi reconstitués comme la mission diplomatique et éducative menée par Pierre le Grand entre mars 1697 et septembre 1698, dans plusieurs pays d’Europe. L’objectif affiché du film est la promotion conjointe de la culture et de l’histoire de la Russie et de la Chine.

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Jackie Chan et Arnold Schwarzenegger dans « Le Mystère du sceau du dragon » (Тайна печати дракона)

Le budget de production du film de 3 milliards de roubles, soit environ 40 millions d’euros. C’est le plus gros budget de l’histoire du cinéma russe. Cette somme est en partie due à la participation de grandes pointures hollywoodiennes : Jackie Chan, Arnold Schwarzenegger, Christopher Fairbank, Jason Flemiyng, et Charles Dance. Les coûts de production sont partagés entre les sociétés de production « Russian Film Group », STV (devenue célèbre avec Brat 1 en 1996 et Brat 2 en 2000), pour la partie russe et China Film Group, Jackie Chan Stunt Team pour la partie chinoise. En outre, le fonds russe pour le cinéma « Fond Kino » a également participé au financement de ce projet.
Selon les experts, pour récupérer les fonds investis, le film « Le Mystère du sceau du dragon » (Тайна печати дракона) devra faire au moins 70 millions d’euros au Box-Office. On s’attend à ce que cet objectif soit atteint rien que par l’exploitation sur le marché chinois.

Le troisième volet de cette série « Vij » est déjà prévue pour 2020 et s’intitule pour l’instant «Voyage en Inde». Ce pays va, avec la Chine, se joindre à cette belle fête de la coproduction réussie avec la Russie. Qui d’autre veut participer ?

Rédigé par Siméon Mirzayantz le 25.01.2019

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